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De Chenillé-Changé à La Suze-sur-Sarthe
par la Mayenne, la Maine et la Sarthe.
 JF
Macaigne

 
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La première vision que l’on a de la cité, ce sont ces deux flèches incroyablement pointues qui déchirent le ciel. La cathédrale Saint-Maurice a été refaite récemment, et sa blancheur étonne. On croirait presque un décor de cinéma. Abordez et montez jusque là-haut, vous verrez vite que ce n’en est pas un…
Pour le moment, comptez 2 ponts depuis la magnifique passerelle blanche de la Confluence où passe le tramway, et face à la cathédrale et au château, le port de la Savatte vous tend les bras. Enfin, c’est une image… Il est gratuit la première nuit, y compris l’eau et l’électricité. On sait recevoir, à Angers.
Passez du temps ici, la ville en vaut la peine. Mais ne pensez pas tout voir. On peut être optimiste mais il faut savoir être raisonnable. Commencez par l’obligatoire : rejoignez le pont de Verdun, le plus vieux passage d’une rive à l’autre, en saluant au passage Nicolas-Joseph Beaurepaire, lieutenant-colonel au 1er bataillon de Maine-et-Loire en 1792, qui regarde fièrement vers la cathédrale. Suivez son regard et grimpez les escaliers de la Montée St-Maurice. En haut, vous êtes dans le cœur de la vieille ville.

St Maurice fut construite au XIIe siècle. Les deux flèches et le clocher central datent du XVIe, tout comme les statues de la façade qui représentent Saint Maurice et ses compagnons de la légion Thébaine. A l’intérieur, les vitraux datent des XIIe, XIIIe, XVe et XXe siècles. La splendide chaire en bois fut sculptée par l’abbé Choyer entre 1852 et 1855. Derrière la cathédrale se trouve la place Ste Croix, où trône l’une des maison les plus exceptionnelles de la fin du moyen-âge en France : la maison d’Adam. Elle est dans un état de conservation rarissime, et tire son patronyme des figures d’Adam et d’Eve qui encadraient l’Arbre de Vie de l’angle. La maison était une pharmacie selon un document fiscal de 1526. Elle est tout à fait remarquable par le nombre de sculptures en bois qui décorent ses façades, illustrant les sujets les plus variés, par des compagnons au sommet de leur art. A l’origine, toutes étaient peintes en couleurs, mais celles-ci disparurent en 1814 lors de travaux.

La maison d’Adam n’est pas la seule beauté de ce quartier. Les immeubles à proximité sont eux aussi très extraordinaires, du Palais Episcopal des XIIe XIIIe aux autres maisons à pans de bois des rues avoisinantes, dont les sculptures de façades font le bonheur des amateurs d’art médiéval. Rue St Laud, devant un immeuble moderne aux reflets surprenants, la statue d’une jeune femme, la tête entre les bras, contemple tristement les enfants qui jouent. Moderne, simple et belle, elle relie le moderne à l’ancien, avec un regard qui se perd.
De l’autre côté de la place Ste Croix, remontez la rue St Aubin, autrefois voie romaine qui traversait Angers, ou plutôt Juliomagus, tournez à gauche, vous êtes Place St Eloi. Sur votre droite un très haut monument, la tour St-Aubin : elle subsiste d’une abbaye fondée au VIe siècle, et reconstruite ensuite par les Bénédictins, puis les Mauristes. Le reste est maintenant la Préfecture, quelques mètres plus loin, mais de l’autre côté de la tour.
Le bel immeuble Renaissance devant vous est le Logis Barrault, construit entre 1486 et 1493, pendant que Colomb voguait vers les Indes et découvrait l’Amérique… Il appartenait à Olivier Barrault, trésorier du roi Charles VIII, fils de Louis XI, et aussi maire d’Angers. C’est actuellement le musée des Beaux-Arts (350 peintures et sculptures du 14e siècle à nos jours, et des centaines de pièces archéologiques du néolithique à nos jours). Il a fait peau neuve en 2004 et ses différents parcours étonnent et ravissent. Dans son jardin, de l’autre côté, fut obtenue en 1850 la poire Doyenne du Comice, petite merveille sucrée, juteuse et succulente, par le jardinier Dhommé et Millet de la Turtaudière. On a tendance à oublier certains bienfaiteurs de l’humanité.
Empruntez maintenant le boulevard du roi René sur votre droite, vous n’allez pas tarder à arriver en vue d’une formidable forteresse aux tours rondes cerclées de gris. C’est le château du roi René. La première occupation de cet endroit date de 4500 ans avant notre ère. C’était à l’époque une grosse tombe. Il devint oppidum sous les gaulois, puis chez les romains, et on peut encore voir les restes de l’enceinte en visitant le château. C’est d’ailleurs une obligation si vous ne voulez pas manquer une merveille : la tapisserie de l’Apocalypse qui retrace allégoriquement les visions de Saint Jean à la fin du Ier siècle. C’est Blanche de Castille, la mère de Saint-Louis, qui fit construire cette forteresse à partir de 1232 pour protéger le royaume de France du duché de Bretagne. Pour la petite histoire, c’est là-même que fut incarcéré Nicolas Fouquet, surintendant des Finances de Louis XIV, après son arrestation par d’Artagnan.
Du haut du château, la vue est splendide et va très loin à l’horizon. On est juste au-dessus du port de la Savatte, et c’est l’occasion de vérifier que le bateau est toujours là… On voit très bien aussi le quartier de La Doutre, après le pont de Verdun, sur lequel nous allons revenir.
On entre (et on sort) du château par la porte de la Ville, entouré par deux grosses tours rondes. En face, c’est la vieille ville, avec ses ruelles pavées bordées de maisons médiévales et Renaissance.
On peut redescendre vers le pont de Verdun par la montée St Maurice, traverser, puis s’enfoncer dans la Doutre, ainsi nommée car elle est « d’outre Maine ». On remonte la rue Beaurepaire et ses jolies maisons anciennes jusqu’à l’église de la Trinité et la chapelle de l’Abbaye du Ronceray, qui se touchent. Dans l’église (XIIe), admirez cet escalier hélicoïdal en bois du XVIe sous lequel un accès mène à la crypte, et aussi le maître-autel en pierre polychrome du XIXe. La chapelle a été transformée en salle d’exposition. Elle a conservé ses voûtes romanes, et un peu des peintures qui les décoraient autrefois.
Il faut ensuite aller se perdre dans les vieilles rues du quartier, propices à de nombreux ravissements, comme devant l’hôtel des Pénitentes, joyau du XV/XVIe siècle. Tout est joli par ici, et l’atmosphère du quartier amicale est un peu bohème. Nous sommes à deux pas de la Cale de la Savatte, c’est-à-dire à quelques minutes de la Pénichette®. Le temps de se retrouver dans le carré autour d’un verre, pour préparer la suite du voyage…

 
   
Texte & photos : © JF Macaigne