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Un tour en Frise  JF Macaigne

 
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Il est toujours étonnant de voir une voile se déplacer à l’intérieur des terres, comme un grand papillon dans un décor de théâtre. C’est pourtant ce qui arrive très souvent en Frise, dans le Nord des Pays-Bas, une région rendue célèbre par les maîtres de la peinture hollandaise. L’épouse de Rembrandt lui-même venait d’une famille de notable de cette province. Et puis, tout le monde connaît les fameux chevaux de Frise… Plaisanterie mise à part, la réputation de cette race de magnifiques chevaux noirs à longue crinière a fait le tour du monde. L’envie était forte de découvrir ces paysages splendides, verts, dénudés, et sans autre relief que ceux des mâts des péniches qui circulent sur les cours d’eau. De ce côté-là, nous n’avons pas été déçus. Mais commençons par le commencement.

Woudsend
La base LeBoat de Woudsend se mérite. On arrive en trois heures ou presque à Amsterdam par un coup de Thalys, mais après… Trois changements de train sont nécessaires pour arriver à Sneek (on prononce Snèk), d’où il faut prendre un taxi. On arrive heureusement à se débrouiller sans parler le flamand, grâce aux panneaux lumineux dans les trains, et aux détails imprimés sur la feuille remise au guichet de la gare d’Amsterdam (très utile, j'insiste). clipperNotre Clipper est aligné bien sagement le long du quai, et nous faisons mentalement quelques prières pour que le beau temps qui règne aujourd’hui continue. Avec Rolf, à l’accueil, nous recensons tous les endroits dignes d’intérêt et déterminons un parcours. Cela tombe bien, il correspond en tous points à celui que j’avais imaginé avec mon Guide Vert.
Dès lors, plus rien ne s’oppose au départ, pour paraphraser Bashung, contact, et en avant… jusqu’à Woudsend, à 5 mn, où se trouve un supermarché. Nous amarrons le bateau au quai après le pont-levis, à quelques mètres d’un énorme moulin, le De Jager, qui fait office de scierie. Avant d’être chargés comme des baudets, une visite s’impose au syndicat récréatif De Marrekrite, qui gère avec16 communes de Frise 42km de jolis pontons en bois gris, soit 3500 postes d’amarrage entièrement gratuits dans la province, en dehors des villes. On y trouve des poubelles, mais pas d’eau ni d’électricité. En contrepartie, le stationnement est libre, sans excéder 3 jours. La tonte de l’herbe est assurée par des moutons non rémunérés. Amoureux du plein air plutôt que des marinas bondées, des herbes folles, des roseaux et des canards, achetez le petit drapeau violet de Marrekrite pour 12€ et dormez à la belle étoile ! La carte sous le bras, vous partez heureux. Pas de bruits la nuit, seulement les canards, les foulques et les poules d’eau qui batifolent avant d’aller dormir. Faites les comptes : à 1€, voire 1,5€ le mètre de bateau plus 1€ par personne dans un port, cela va très vite sur une semaine de navigation. En une seule nuit, votre don est amorti. De plus, vous fournissez du travail aux moutons…
Woudsend pullule de sentes étroites bordées de maisons de briques peintes et de palissades en planches grises. Dans les rues, on marche discrètement, pour ne pas déranger, en jetant un œil en passant aux intérieurs simples et bien rangés. Ici, comme partout aux Pays-Bas, pas de rideaux. Rien à cacher, au contraire. Devant la fenêtre, des fleurs ou une collection de porcelaines. Ou encore un chat, qui somnole, un œil dehors, attendant un hypothétique pigeon qui romprait un peu la monotonie.
La seule évocation de la boulangerie Visser, face au supermarché de Woudsend, déclenche en moi des souvenirs gourmands et exquis. Elle propose des pains délicieux, mais aussi une brioche aux raisins qui compte dans la vie d’un amateur éclairé. Elle utilise peut-être bien la farine fabriquée par le formidable moulin à vent blanc et noir dont les ailes entoilées brassent l’air de cette fin d’après-midi dans un bruit oublié. Il se nomme ‘t Lam (l’agneau), et le meunier procède à des réglages. Il commande son grand voilier immobile avec une roue sur le pont circulaire du premier étage.
Après le ravitaillement, il ne restait plus qu’à se trouver un havre pour la nuit. Un ponton Marrekrite borde la rive du grand lac Heeger Meer, mais du mauvais côté pour que nous puissions aller visiter Heeg, notre première escale. Alors nous traversons, non seulement le lac, mais aussi ce trafic intense de cabin cruisers et de skûtsjes à voile qui filent vers la côte de l’Ijsselmeer, à quelques heures d’ici, et nous allons dormir dans une marina immense en bordure de la ville.


 
   

Ce reportage nous a été possible grâce à Thalys et à LeBoat. Merci à eux pour leur gentillesse et leur sérieux.
Texte & photos : © JF Macaigne

Cet article est paru dans le magazine FLUVIAL n°224, en août 2012.
Vous pouvez l'obtenir en cliquant ici